lundi 27 juillet 2015

Sereine campagne

Astérix © Goscinny et Uderzo
Je me l'étais répété comme ces mantras que l'on se murmure intérieurement parfois, façon méthode Coué : "J'ai l'opportunité de m'installer à la campagne, je peux travailler à distance donc je quitte Paris, je serai au soleil, chez moi, je pourrai tailler mes oliviers et je vivrai en paix".

C'était sans compter sur le destin et son talent inégalé pour l'ironie. Imbattable. Je dirais même plus : lolilesque.

Moi qui n'aime rien tant que l'anonymat et la tranquillité, la liberté d'aller et de venir, de rencontrer ou pas, de me lier ou pas, de parler ou non — et souvent plutôt non que oui —, me voilà brusquement élu maire du petit village de mon enfance.

Ce village, j'y ai grandi par intermittence, essentiellement pendant les vacances d'été, quand on rentrait avec nos parents des contrées lointaines où ils allaient enseigner. Mais quand mes parents se sont installés dans la maison qu'il y avaient fait construire, de mon côté, mes dix-huit ans ne juraient que par Paris où j'ai alors vécu, et quelques fois survécu, durant deux décennies. Chacun son expatriation.

Ni ma vie d'adulte parisien, célibataire et égoïste, ni ma carrière vaguement artistique ne m'avaient préparé à monter une liste électorale, à gagner les élections, dès le premier tour, contre deux autres listes et à devenir maire. C'est-à-dire représentant de près de 1 500 citoyens et gérant d'une collectivité employant une quinzaine personnes. Une jolie PME, en somme.

J'ai toujours refusé d'être un chef. Chef de bande, chef de service, directeur, employeur, dominant. Je n'en ai pas l'âme, enfin je ne pense pas. Ça m'ennuie de devoir commander. Et d'ailleurs, j'évite de le faire — je préfère demander. Mais je sais parfaitement remettre à leur place les dominants qui tentent de me dominer, et je pense aussi que je sais choisir.

Faire un choix c'est éliminer des options, c'est trancher, décider, c'est admettre que l'on ne peut définitivement pas tout avoir, le beurre, l'argent du beurre et le cul du crémier, et c'est accepter de ne pas plaire à tout le monde.

Car lorsqu'on est maire, des gens peuvent devenir vos ennemis alors que vous ne les connaissez ni des lèvres ni des dents, que vous ne vous êtes jamais engueulé avec eux, que vous ne leur devez rien, que vous ne les fréquentez pas et que vous n'aviez même pas idée, deux jours auparavant, de leur existence. Vous pensez intérêt collectif et vous avez tous les intérêts particuliers qui vous rentrent dans le lard. Vous faites l'inverse et vous êtes mort.

Ceci étant, l'aventure est belle, enrichissante. On peut vraiment affirmer que, dans cette situation, on en apprend tous les jours. Et qu'il vaut mieux apprendre vite.