Non que je sois gaulliste, mais je dois admettre que cette lettre ouverte signée par Jean-Marcel Jeanneney1, ex-ministre du général de Gaulle (parue dans le Nouvel Obs en 2007), fait plaisir à (re)lire.Parce qu'elle prouve que Ségolène est parfaitement logique quand elle promet de rassembler jusqu'aux gaullistes. Et qu'elle exprime (accessoirement et exactement) ce que je pense depuis très longtemps.
Malgré les quolibets faciles régulièrement proférés à son encontre par une partie de nos concitoyens — qui n'ont pas le dixième de son intelligence ni de ses capacités intellectuelles, soit dit en passant — Ségolène Royal est bien la seule aujourd'hui qui ait la trempe, l'indépendance d'esprit et le pragmatisme nécessaires pour nous sortir de l'impasse dans laquelle nous a conduits l'histrion qui nous sert de président.
"Madame, je ne vous ai entendue et vue qu’à la télévision. Mais vos propos, votre manière d’être, ont fait que, depuis plusieurs mois déjà, j’étais enclin à voter pour vous le 22 avril. Ayant lu attentivement votre livre, "Maintenant", je ne doute plus de le faire.
Je suis un très vieux monsieur. Ministre du Général de Gaulle à trois reprises, je fus un des rares qui eurent l’honneur d’être reçu par lui à Colombey, après qu’il eut, en parfait démocrate, démissionné de la présidence de la République parce que désavoué lors du référendum qu’il avait décidé.
Je suis fidèle à sa mémoire. La France, au cours de sa longue histoire, n’a guère eu de chef d’Etat de cette envergure, parfaitement indépendant de toutes les puissances financières et de tous les dogmes politiques, ne se laissant intimider par quiconque, discernant ce qu’allait être l’évolution du monde et percevant ce qu’étaient les intérêts à long terme de son pays. Mais je n’ai jamais cru à la possibilité d’un gaullisme sans de Gaulle et je me suis vite désolidarisé de ses prétendus héritiers.
Cela dit – et sans vouloir vous écraser sous une telle référence en vous assimilant à cette très haute figure – j’ai le goût de vous dire que je constate d’assez nombreuses analogies entre ses idées et les vôtres, telles qu’elles apparaissent au long de vos trois centaines de pages. D’abord le volontarisme politique, puis l’attachement à la nation, à son passé et à son avenir, comme fondement nécessaire aux solidarités entre les individus vivant sur son sol ; la prise en compte des aspirations populaires mais sans soumission systématique à l’opinion ; l’idée, que de Gaulle énonça dès mars 1968 dans un discours à Lyon, que les activités régionales sont les ressorts de la puissance économique de demain ; encore, le fait que la France, dans un mode menaçant, ne doit pas renoncer à une puissance militaire forte.
Entre vous et lui, il est encore un trait commun : quand on lui exposait un problème de façon abstraite, il vous interrompait : "Alors ! Pratiquement, que proposez-vous ?" Or toujours vous proposez ou esquissez une solution concrète.
J’ajoute que vous rejoignez le général de Gaulle sur trois points, de grande importance. Le premier est la sobriété que vous voulez dans le comportement quotidien de la présidence de la République et du gouvernement. Le deuxième est le recours à l’article 11 de la Constitution, que vous devrez inévitablement utiliser pour modifier celle-ci, en particulier concernant le Sénat. Le troisième est que, comme lui, vous vous appuyez sur un parti, ce qui est indispensable, mais que, comme lui, vous êtes d’un tempérament assez fort pour pouvoir, quand besoin est, vous en affranchir.
Madame la candidate, je vous souhaite de tout cœur bonne chance et vous assure de la grande considération que j’ai pour votre culture gouvernementale, pour votre intelligence, votre sensibilité et votre caractère."
(1) À l'époque, Jean-Marcel Jeanneney avait aussi accordé un entretien vidéo très instructif, notamment sur la personnalité de Ségolène Royal.
Il y a chez tous les politiques un fond de sincérité sans lequel ils ne tiendraient pas dans ce milieu.
RépondreSupprimerIl est dommage qu'on ne le perçoive que rarement...
Je crois que toutes les personnes publiques sont la proie des moqueurs de tout poil.
RépondreSupprimerIl vaut effectivement mieux être pointé pour la candeur d'un mot inventé que pour une sordide affaire de gros sous.
La priorité absolue pour moi sera l'honnêteté, laquelle n'est pas de mise dans le club des magouilleurs que nous subissons aujourd'hui.
Je n'ai encore rien décidé, mais je pense que ce sera une femme ou blanc.
Flavien : je refuse de mettre tout le monde dans le même panier, style "tous pourris". Les hommes/femmes politiques ont leurs défauts, comme nous tous, mais on peut noter que l'hypocrisie et la duplicité sont une seconde nature chez certains plus que d'autres...
RépondreSupprimerkrn : pour décider, il faudra effectivement attendre l'élection en elle-même ; mais parmi les femmes en lice, il y en a une qui n'aura jamais ma voix quoi qu'il advienne.
Je crois deviner quelle femme tu méprises. Je ne suis pas loin de partager ton opinion. Pour le moment, mon intérêt se porte sur une autre femme d'un autre bord, mais comme tu le dis justement, attendons l'élection, et surtout, laissons passer les campagnes de déstabilisation de tout poil et de caniveau. Je crois que nous allons avoir une sacrée campagne, à la "hauteur" de celui qui nous dirige...
RépondreSupprimerP.S.N'oublie pas, en temps voulu, de faire bon usage de la poupée Sarko et des aiguilles. Et si manques d'aiguilles, je peux t'en fournir pléthore.
Laurent : absolument, absolument, la poupée vaudou va très bientôt entrer en scène ;-)
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